lat. 44.648627825369445
long. 6.588878631591797

Pli couché de St-Clément

 

Face au village du même nom, le pli couché hectométrique de Saint-Clément occupe toute la hauteur de la paroi rocheuse. Ainsi que plusieurs autres plis plus petits situés en bas et à gauche, il témoigne des forces titanesques responsables de la chaîne de montagnes, il y a 30 à 40 Ma.

Les roches du pli de Saint-Clément appartiennent à la nappe du Flysh à Helminthoïdes de l'Embrunais, série d'environ 1000 mètres constituée de turbidites gréseuses représentant des dépôts de plaines océaniques. Il s'agit de roches sédimentaires de mer profonde disposées en strates faisant alterner grès et schistes. Les couches les plus visibles, épaisses de quelques décimètres, sont des grès, c'est-à-dire d'anciens sables. Les bancs de grès durs (et donc en léger relief) sont séparés par des schistes noirs qui sont d'anciennes boues argileuses. Presque tous les bancs de grès sont des turbidites : les grains de sable de la base sont assez gros et la dimension des grains diminue vers le haut. Ils sont dits granoclassés. Les sondages au fond des océans actuels ont montré que ces couches de sable granoclassés, alternant avec des couches argileuses, sont très répandues. Elles constituent par exemple le remplissage des vastes plaines abyssales océaniques au fond plat, vers 5 000 mètres de profondeur. Quand il se produit une avalanche (par exemple du haut du rebord d'un plateau continental, ou le long d'un relief volcanique), le courant sableux et tourbillonnant ralentit progressivement et perd de son énergie. Les grains de sable les plus gros se déposent en premier, puis des grains progressivement plus fins et pour finir l'argile en suspension entraînée par l'avalanche. Cela explique le granoclassement retrouvé dans les couches sableuses. Le dépôt d'une couche de sable granoclassé ne prend que quelques heures (un instant géologique) et s'est reproduit de nombreuses fois tandis que dans l'intervalle se déposait, très lentement (quelques millimètres en mille ans) l'argile en suspension dans l'eau océanique. Ainsi se sont formées les alternances grès-schiste.

Une avalanche provenant d'un rebord continental peut effectivement atteindre les plaines abyssales. L'exemple du Grand Banc de Terre Neuve, plateau continental submergé à 150-200 mètres sous l'eau, est parlant. Il est relié à la plaine abyssale de l'océan atlantique, profonde de 4 000 à 5 000 mètres par un talus continental en pente douce. En 1929, un séisme sous le rebord du plateau a déclenché une avalanche sous-marine de grains de sable mêlés à l'eau qui a dévalé le talus à grande vitesse. À l'époque, le fond de la mer comportait des câbles de communication télégraphiques (il n'y avait pas de satellites) que l'avalanche a rompu les uns après les autres. La vitesse de l'avalanche au pied du talus était de 60 km/h et elle a rompu le dernier câble 13 heures après son déclenchement, à 600 km, dans la plaine abyssale plane.

Ici, le sable est issu des Alpes alors en cours de formation, dominant de haut l'océan. Le phénomène se produisait très loin à l'Est. Plus tard, l'ensemble de ces roches durcies a été transporté au moment du plissement alpin sur plusieurs centaines de kilomètres. Ce transport et plissement est appelé charriage.

Schéma du pli de St Clément

L'examen minutieux des plis a permis aux géologues de distinguer deux époques de plissement successives : d'abord le grand pli puis les petits. Le plissement des Alpes, qui a duré plusieurs dizaines de Ma, s'est déroulé en différentes étapes, au total près une dizaine dont deux décelables ici.

Conclusion :


(structure de détails à la base du pli de Saint-Clément)

Le pli de Saint-Clément est-il un synclinal ou un anticlinal ?

Dépot des couches 1 et 2
Dépôt des couches sédimentaires

Schéma d'un anticlinal et d'un synclinal

à gauche : anticlinal : les couches les plus anciennes sont au cœur du pli
à droite : synclinal : les couches les plus récentes sont au cœur du pli

Photo du pli de St Clément
Le pli de Saint-Clément est un synclinal